Industrie, souveraineté, territoires : des enjeux stratégiques pour notre économie et notre pays – Intervention Anaïs VOY-GILLIS – AG AFCA-CIAL 2026
Face aux crises géopolitiques, aux tensions sur les chaînes d’approvisionnement et aux impératifs de transition écologique, elle a montré pourquoi la réindustrialisation est redevenue un enjeu stratégique. Plus qu’un objectif de politique économique, elle constitue désormais une réponse aux défis de souveraineté, de compétitivité et de résilience auxquels sont confrontées les filières industrielles françaises.
Une industrie redevenue un enjeu stratégique dans un contexte mondial en évolution
La succession des crises – pandémie, guerre en Ukraine, tensions énergétiques, conflits commerciaux ou encore montée des stratégies industrielles offensives des États-Unis et de la Chine – a profondément remis en question le modèle de mondialisation construit autour de la recherche du moindre coût. Si les chaînes de valeur resteront internationales, elles doivent désormais être plus robustes face aux aléas géopolitiques.
Réindustrialiser : c’est aussi préserver l’existant
Dans ce nouveau contexte, la réindustrialisation ne consiste pas à tout produire en France, mais à mieux maîtriser les dépendances critiques et à sécuriser les maillons stratégiques des chaînes d’approvisionnement. La réindustrialisation ne peut se limiter à l’annonce de nouvelles implantations industrielles. Elle repose tout autant sur la capacité à maintenir, moderniser et développer le tissu industriel déjà présent sur les territoires. Préserver les entreprises existantes, soutenir leurs investissements, renforcer les filières et consolider les écosystèmes locaux sont autant de conditions indispensables pour créer une industrie plus résiliente et plus compétitive. Les relocalisations peuvent contribuer à cet objectif, mais elles ne constituent qu’un levier parmi d’autres et ne produisent des effets durables que lorsqu’elles s’inscrivent dans une logique de filière.
Des défis structurels à relever : concilier compétitivité, résilience et transition écologique
Pour maintenir et développer l’industrie, plusieurs défis doivent être relevés simultanément : maîtriser les coûts de production, bénéficier d’un cadre réglementaire stable et prévisible, sécuriser leurs approvisionnements et disposer des compétences nécessaires pour accompagner les transformations industrielles. À ces enjeux s’ajoutent les investissements indispensables à la décarbonation, à la gestion durable des ressources, notamment de l’eau, ainsi qu’à la préservation de la biodiversité, autant de sujets qui conditionnent désormais la pérennité des activités industrielles.
L’ancrage territorial, un facteur clé de souveraineté
L’intervention a enfin rappelé que l’industrie est avant tout une dynamique collective. Une usine ne crée durablement de valeur que si elle s’appuie sur un écosystème composé de fournisseurs, de sous-traitants, de compétences, d’infrastructures et de partenaires locaux. La filière de la nutrition animale illustre pleinement cette interdépendance, où chaque acteur contribue à la performance de l’ensemble. Souvent discrètes, ces industries n’en sont pas moins stratégiques pour la souveraineté économique, alimentaire et territoriale de la France.
En conclusion, Anaïs Voy-Gillis a rappelé que la transition écologique, la souveraineté industrielle et la compétitivité ne peuvent être pensées séparément. Elles nécessitent une vision de long terme, des politiques publiques cohérentes et une mobilisation de l’ensemble des acteurs économiques. Dans ce contexte, les filières industrielles ont également un rôle essentiel à jouer pour mieux faire connaître leur contribution à l’économie, aux territoires et à la résilience du pays.
« Si nous devions retenir trois idées de cette intervention, la première serait que la réindustrialisation ne consiste pas uniquement à créer de nouvelles usines : c’est aussi préserver et renforcer le tissu industriel existant. La deuxième, c’est que la transition écologique est indispensable, mais qu’elle ne se fera pas sans l’industrie. Penser que l’on peut atteindre la neutralité carbone sans industrie reviendrait simplement à délocaliser nos émissions de carbone. Nous avons besoin d’une industrie à la fois comme apporteur de solutions et comme acteur de la transition. Enfin, la troisième idée est que les filières les plus discrètes sont souvent les plus stratégiques. Elles sont pourtant encore trop souvent oubliées dans les politiques publiques. Malgré les défis et la lenteur de certaines évolutions, les six dernières années ont montré que des changements que l’on pensait impossibles en matière de politique industrielle peuvent finalement devenir réalité. »
Anaïs VOY-GILLIS